Depuis 1997, les 35 heures, leurs conséquences avérées ou supposées, agitent les milieux politiques, patronaux, syndicaux. Nombre d’experts, moult études, alimentent en permanence le débat. Les divergences s’expriment sur le niveau des emplois créés, l’augmentation du coût du travail, la baisse supposée de la productivité des entreprises, la faiblesse de l’économie d’une France qui ne travaillerait pas assez au regard des autres pays...
Pourtant, cinq après la généralisation, plusieurs études convergentes viennent balayer quelques idées reçues. Elles sont malheureusement passées à peu près inaperçues !...
L’emploi créé ?
Un consensus se dégage sur une évaluation tournant autour de 300 000. Sans bien savoir pour autant s’il s’agit d’emplois pérennes, compte tenu des possibles effets d’aubaine liés aux allégements de charge.
La productivité horaire des entreprises passées aux 35 heures ?
Elle s’est plutôt améliorée, grâce notamment à la qualité des négociations. De ce point de vue, la France reste « bien placée » par rapport à l’Europe des 15.
L’augmentation du coût du travail ?
La question renvoie d’abord au mode de financement de notre protection sociale, dont les besoins explosent, qui pèse principalement sur la masse salariale.
la position de la France en Europe...
Elle demeure inchangée : durée moyenne de 38,8 heures (temps plein, heures supplémentaires inclues) pour 40 heures dans l’Europe des 15. Durée annuelle : 1453 heures, certes inférieure à celle de la Suède ou du Royaume-Uni (respectivement 1564 et 1673), mais supérieure à l’Allemagne (1429) et aux Pays Bas (1354).
Reste l’impression d’ensemble... Le paysage est désormais beaucoup plus contrasté qu’en 1998. Les 35 heures sont loin d’être la norme. En pratique, seuls 58 % des salariés du privé sont régis par une durée collective de 35 heures. Pour être exact, 74% des salariés des entreprises de plus de 20 salariés, et seulement 23% dans les autres. Cela constitue une situation inédite et spécifique.
Ainsi la durée légale du travail est désormais définie, de fait, comme une plage, de 35 à 39 heures. Entre ces deux bornes, le régime des heures supplémentaires, plusieurs fois assoupli, ménage aux entreprises de larges facultés de variation du volume horaire.
La vraie spécificité française, on pourrait la chercher du côté de la concentration de l’emploi entre 25 et 49 ans. Le taux d’activité, pour cette tranche d’âge, est supérieur de 28 points à celui des moins de 25 ans. Même asymétrie à l’autre bout de la vie, avec 22 points d’écart entre le taux d’emploi des 50-54 ans et celui des 55 ans et plus !
Ceci pose le problème de la répartition du travail sur l’ensemble du cycle de vie et, bien entendu, du chômage des jeunes et des seniors. Et ouvre une autre question :
Est-il normal que ce soit justement dans cette tranche d’âge, où le besoin de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle se pose avec la plus grande acuité, que l’on travaille le plus, avec le moins de choix en terme de flexibilité, pour peu que l’on veuille évoluer professionnellement ?
Une fatalité ? Non, mais sans doute de nouveaux enjeux autour du temps de travail !