"Un plan social qui ne dit pas son nom" selon la CFDT
Michel Bouyer, délégué CFDT, réagit à son tour à la menace de 150 suppressions d’emplois sur le site de Thomson Angers. "La direction essaie de mettre en oeuvre un plan social qui ne veut pas dire son nom. On va laisser partir des gens en leur donnant des formations ou je ne sais quoi ! Cent cinquante emplois à risque, je veux bien ! Mais je pense que cela évite surtout à Thomson de remettre de l’argent dans un plan de revitalisation... » Quant à la fermeture du site, Michel Bouer confirme que "le sursis à statuer mis en place par le maire d’Angers ne permet pas à la direction de Thomson de prendre des décisions sans en référer auprès de la collectivité locale".
Menace de 150 licenciements chez Thomson
Le magazine Challenges a lâché l’information sur internet hier soir. Le site pourrait être touché par de nouvelles suppressions de postes. La direction dément.
« Thomson supprime 40 % de ses effectifs à Angers », titrait, hier soir, le magazine économique Challenges sur son site internet. Soit quelque 150 emplois « spécialisés dans la réalisation de boîtiers pour accéder à internet ». Info ou intox ? L’information a été fermement dénoncée, dans la soirée, par le directeur Jean Martinez : « Je ne peux pas répondre à ce genre d’article qui n’a pas de fondement et qui ne s’appuie sur rien. Ces propos sont totalement déplacés. »
Cependant, selon nos sources, un plan de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences est effectivement à l’étude. Il doit être présenté, avant la fin du mois, aux partenaires sociaux. Il évoque, noir sur blanc, « un risque identifié sur 150 emplois » mais, précise le texte, cela « ne s’apparente pas à une suppression de 150 emplois ».
S’il dément fermement l’information sur ces licenciements, Jean Martinez reconnaît qu’il existe une telle étude prévisionnelle, et qu’elle est « indispensable » puisqu’elle s’inscrit dans une « démarche responsable ». Il ajoute, de façon formelle, que derrière cet outil, « il n’y a rien de brutal ».
Pas un long fleuve tranquille
Pour autant, l’histoire de Thomson n’a jamais été un long fleuve tranquille. En octobre dernier, il a été mis fin, définitivement, à l’assemblage de téléviseurs, le métier « historique » de l’usine. Au premier trimestre, un plan social avait déjà saigné les effectifs, le nombre de salariés passant de 600 à 350. Soit la suppression de 250 postes.
Thomson a joué sur tous les registres possibles, pour limiter la « casse » sociale. Les départs volontaires ont été encouragés. Ainsi, 113 salariés sont partis en préretraite ou en retraite anticipée « longues carrières ». Trente-six employés ont été reclassés au sein de la société A Novo, spécialisée dans la réparation des écrans plats, GPS et autres équipements électroniques. Vingt-deux autres salariés ont retrouvé un poste chez Veolia, dans l’unité de recyclage qui monte en puissance, avec la réalisation de tout un complexe industriel sur la zone de Saint-Barthélemy-d’Anjou. Par ailleurs, 84 personnes licenciées ont opté pour une reconversion ou un autre emploi.
Un deuxième plan social avait été déclenché en juillet dernier, mais cette fois pour supprimer « seulement » 17 postes. A la grande surprise des syndicats, qui avaient protesté en organisant plusieurs débrayages. En tout début de cette année, faute de commandes suffisantes, une partie du personnel avait été invitée à prendre plusieurs jours de RTT.
Le contexte s’avère particulièrement lourd. Et l’information portant sur d’éventuelles suppressions d’emplois va encore alourdir ce climat. Et désespérer un peu plus les salariés qui travaillent encore sur le site. Un site qui, malheureusement, est de plus en plus menacé.
« Nouvelle choquante »
Le maire a aussitôt réagi à l’éventualité de ces nouveaux licenciements : « Si cette information se concrétise, c’est une nouvelle choquante. Thomson ne m’a informé de rien. Mes pensées vont d’abord vers les salariés, car 350 personnes doivent être inquiètes en ce moment. Je vais dès demain (aujourd’hui, NDLR) proposer une rencontre avec les syndicats [...]. On sait bien que les choses ne vont pas bien dans l’entreprise : mais il y en a plus qu’assez d’être promenés par les dirigeants de Thomson depuis des années. »
Jean-Claude Antonini ajoute que la Ville n’est pas restée inactive ces dernières années : « Localement, on a tout fait pour absorber le choc de la désindustrialisation de Thomson. Nous avons aidé à la création de A Novo, de D3E. Et nous avons mis un sursis à statuer sur le site : en clair, Thomson ne peut pas vendre l’usine sans passer par nous. » Et de conclure : « Heureusement que, par ailleurs, l’économie angevine se porte bien... »
Jean-Michel HANSEN.