Une étude nationale révèle qu’il n’y a pas d’embellie significative des niveaux de rémunération dans l’informatique. Dans les sociétés de services, les salaires restent particulièrement bas.
Alors que certains cabinets de conseil prédisent une véritable surchauffe salariale dans l’informatique, le Conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France (CNISF) semble quelque peu atténuer cette tendance. Cet organisme vient de finaliser son enquête annuelle sur la situation professionnelle des ingénieurs français. Côté salaires, l’informatique est moins bien cotée que les autres activités technologiques.
Une augmentation générale de seulement 1,1 %
Pour 2006, le salaire médian annuel brut (SMAB) des ingénieurs se situe à 51 875 euros (autrement dit, il y a autant d’ingénieurs qui gagnent plus que d’ingénieurs qui gagnent moins). Pour les ingénieurs en informatique, il est de 47 679 euros, ce qui représente une augmentation de 1,1 % par rapport à 2005.
Certaines activités s’en sortent mieux que d’autres. Dans le développement, l’intégration, le support et l’assistance, l’augmentation du SMAB se situe entre 3 et 3,8 %. Dans les domaines de la production, de l’exploitation, des études et du conseil, sa baisse s’inscrit dans une fourchette de 2 à 3,2 %.
« Il existe bien un rattrapage au niveau des salaires, mais on est encore loin d’une surchauffe. Au sein des SSII, la situation salariale reste particulièrement médiocre », explique Régis Granarolo, porte-parole du Munci. En effet, selon la même étude, le SMAB dans les SSII se situe à 43 805 euros, faisant des sociétés de services l’un des secteurs les moins bien payés en France pour les ingénieurs. Seul le secteur de l’agriculture et de la pêche présente un niveau de rémunération encore plus bas.
Cette sous-performance sectorielle reste d’ailleurs vraie pour toutes les tranches d’âge, même pour les ingénieurs de moins de trente ans qui sont particulièrement représentés dans les SSII. « Cette situation est liée au modèle économique même des SSII. Les clients et les prestataires poursuivent le même but, à savoir la réduction des coûts. Elle se traduit au niveau des salaires », estime Régis Granarolo.
Des interrogations sur les chiffres
Toutefois, les chiffres du CNISF sont à prendre avec des pincettes. Les données reflètent les réponses formulées de manière volontaire et anonyme par 40 000 ingénieurs. L’étude n’est donc pas exhaustive, et certains spécialistes du recrutement s’étonnent des niveaux de salaires exprimés.
« Les salaires bruts évalués par le CNISF ne correspondent pas à notre vision du marché et nous semblent sous-évalués, explique Dominique Galet, directeur de la division système d’information chez Michael Page. Les salaires bruts des postes d’informaticiens que nous négocions sont sensiblement plus importants. Par ailleurs, les niveaux de rémunération entre SSII et clients finaux tendent à se rejoindre. »
En revanche, le cabinet de recrutement est d’accord pour dire qu’il n’existe pas de surchauffe salariale, mis à part quelques postes bien précis comme développeur Java ou consultant PGI. « Dans l’ensemble, l’offre et la demande sont équilibrées », précise Dominique Galet.
La 18eme enquête « rémunérations » du Conseil National des Ingénieurs et des Scientifiques de France (CNISF) fait apparaitre que les salaires 2006 des ingénieurs informaticiens en SSII sont toujours à la traine...
En effet, sur les 27 secteurs économiques analysés (cf. tableau 57), c’est précisément le SECTEUR DES SSII qui enregistre, chez les ingénieurs, les rémunérations les plus BASSES du marché (juste devant l’agriculture...) avec un salaire médian de 43 805 euros.
L’an dernier, la situation était exactement la même avec un salaire médian de 44 000 euros... faut-il comprendre que les salaires des ingénieurs informaticiens ont légèrement baissé entre 2005 et 2006 ? Non bien sur, les salaires sont clairement à la hausse depuis 2 ans dans le secteur informatique. Mais ce que peut montrer cette stagnation, c’est tout simplement que la masse salariale globale des SSII est stable du fait des politiques de recrutement qui privilégient toujours plus les jeunes diplômés et les débutants... malheur aux seniors !
Ces constats, néanmoins, ne sont pas seulement une conséquence du jeunisme excessif de notre secteur (même s’il est certain que cela doit peser largement dans les résultats) : en effet, le tableau 58 montre que les salaires en SSII sont toujours inférieurs aux salaires médians du marché QUELQUE SOIT la tranche d’âge des ingénieurs (ce sont même les plus bas du marché, devant l’administration, dans la tranche des 45-64 ans).
Par ailleurs, en terme de FONCTIONS exercées, le tableau 55 nous montre que les salaires des ingénieurs informaticiens travaillant dans le DEVELOPPEMENT et l’INTEGRATION (soit la grande majorité des postes d’informaticiens) sont les plus BAS du marché (moyenne de 43 287 euros, 42 000 l’an dernier) devant la recherche fondamentale.
Il s’agit de postes confiés très généralement aux 25-35 ans.
Ces résultats relativisent les commentaires d’une prétendue « surchauffe salariale » dans les SSII résultant de certaines études de cabinets d’analystes.
Voir à ce sujet notre article : Une "surchauffe" des salaires dans l’informatique ?.
A la différence de ces études qui se basent sur les grilles de salaires communiquées par les DRH (avec des fourchettes parfois assez larges en raison de individualisation des rémunérations...), l’enquête du CNISF se base sur les rémunérations communiquées par les ingénieurs eux-mêmes (40 000 pour cette enquête 2007).
Sur le plan méthodologique, contrairement à ce qui peut être indiqué parfois abusivement, ce ne sont pas les moyennes des salaires réels de dizaines de milliers d’informaticiens qui ont été pris en compte dans ces études mais bien les grilles de salaires d’un certain nombre de grandes (et moyennes) sociétés employant ces dizaines de milliers d’informaticiens...
La situation actuelle nous fait penser aux commentaires pléthoriques sur la "flambée des salaires" dans l’informatique entendus pendant les années 1997 à 2001... jusqu’à ce que l’APEC nous apprenne que les salaires moyens des informaticiens étaient, en réalité, restés globalement dans la moyenne du marché sur cette période (voir cet article de juillet 2001).
Nous contestons par ailleurs les conclusions de certains analystes évoquant un alignement des salaires en SSII sur ceux des entreprises utilisatrices, nous estimons au contraire que la différence est de l’ordre de 10% en moyenne.
C’est d’ailleurs ce que démontre indirectement l’enquête du CNISF : le tableau 55 nous apprend que les salaires des informaticiens toutes sociétés confondues sont globalement dans la moyenne du marché, tandis que les salaires dans les SSII sont bien en queue de peloton (tableau 57)...
Si les rémunérations sont logiquement reparties à la hausse dans notre secteur depuis la crise des années 2001 à 2004 (période pendant laquelle nous estimons leur baisse moyenne autour de 15%...), le MUNCI craint que la question des rémunérations restera un problème structurel dans les SSII : en effet, clients et prestataires sont associés dans un objectif commun à savoir la réduction des coûts qui a pour conséquences principales les pressions sur la masse salariale et le dérobement au coût du travail par les délocalisations offshore/onshore.
La sous-traitance en cascade est elle-même un facteur de blocage des rémunérations, plus particulièrement pour les indépendants.
PAR AILLEURS :
Le graphique 4 de la page 13 montre les très fortes inégalités en matière de taux de chômage selon les tranches d’âge des ingénieurs diplômés : si le taux de chômage des ingénieurs n’est que de 1.8% pour les 30-34 ans, il monte à 9.1% pour les 60-64 ans. Le taux de chômage moyen des ingénieurs étant de 3.7%.
Extrait intéressant de l’étude :
"Avec un taux de 84,1% d’emplois à durée indéterminée parmi les ingénieurs en activité (CDI ou fonctionnaires), plus de huit ingénieurs sur dix bénéficient d’emplois stables. La flexibilité pour les ingénieurs s’organise surtout par le travail dans les sociétés de services, informatiques ou autres."
Voir aussi :
Les vrais salaires des informaticiens
Echo des Forums 01Informatique 21.09.2006 - Salaires : l’informatique à la traîne
Revue de presse :
Salaires : les informaticiens des SSII au bas de l’échelle des ingénieurs (Lemondeinformatique.fr, 18.06.2007)
Ingénieur informaticien, un métier qui ne paye pas ? (01net.com 18.06.2007)
Enquête CNISF : les salaires des ingénieurs informaticiens en demi-teinte (ITRManager 18.06.2007)
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