Thomson se sépare de Vidéoglass
Thomson continue de se dégager de l’activité ’tubes cathodiques’ et annonce la cession de Vidéoglass à l’espagnol Rioglass
Après avoir cédé ses activités de fabrication de téléviseurs à tube cathodique à l’indien Videocon, Thomson se désengage de tout ce qui reste autour de cette activité.
Thomson va donc vendre à l’espagnol Rioglass, spécialisé dans la transformation du verre pour le transport et l’automobile, sa filiale Vidéoglass, qui fabrique le verre des tubes cathodiques.
Et le groupe se félicite de réaliser cette opération sans licenciements et en préservant 300 emplois.
En réalité, sur les 445 emplois du site de Bagneaux-sur-loing, en Seine-et-Marne, Rioglass se serrait engagé à reprendre 300 emplois sur une activité qui se tournera vers l’automobile.
Quant aux 145 emplois restants, "Des mesures d’accompagnement - application de l’accord de préretraite du groupe et plan de départs volontaires - permettront à Thomson de trouver des solutions pour l’ensemble des salariés de Vidéoglass", à déclaré Thomson.
communiqué de rpesse du 1er juillet 2005
Seine-et-Marne Contre l’hémorragie des emplois
Deuxième marche pour l’emploi dans le sud de la Seine-et-Marne à l’appel des élus de la région et des syndicats de Thomson Videoglass.
Sur son dossard l’inscription : « Salarié orphelin de Thomson... Pour choix financiers ». À côté de lui, ses deux garçons, douze et quatorze ans, frappent avec ardeur sur des bidons. « Ma liberté, c’est mon travail, le chômage et le RMI, pour moi, c’est la prison. J’ai le crédit de ma maison sur le dos. Mais c’est surtout pour eux que je suis inquiet », dit-il en désignant ses fils. Et d’un trait : « On ne nous écoute pas, alors ce sera "non" et j’en connais des gens qui veulent vraiment voter "non" dimanche. Il faudra bien qu’on nous entende. » Beaucoup de drapeaux de la CGT, quelques-uns de la CFDT, de FO, un sigle de la FSU, sifflets, tambours et fumigènes. Derrière une soixantaine d’élus (1) du sud de la Seine-et-Marne avec leurs écharpes, le cortège qui s’est formé mercredi après midi devant la mairie de Bagneaux-sur-Loing pour rejoindre Thomson Videoglass passe entre pavillons, petits immeubles HLM et cités d’usine. Un bon millier de salariés venus des entreprises du secteur ont répondu à l’appel des syndicats de Thomson. Ce n’est pas la première fois qu’ils se retrouvent puisque le 16 avril c’est à Champagne-sur-Seine, site de l’usine de moteurs ABB, qu’ils avaient organisé une marche identique.
Après la fermeture de SKF, il y a un an, l’annonce, il y a quelques semaines, de la fin programmée de ABB, celle de Sogaplast prévue pour 2006, les licenciements chez Nina Ricci à Ury, c’est maintenant ce site spécialisé dans le traitement du verre qui est menacé par le choix du groupe Thomson de se désengager de la banche tubes et composants. 650 salariés sont directement touchés, représentant 14 % des emplois du bassin industriel de la région de Nemours.
Mais les dégâts se comptent aussi dans les services publics : bureaux de poste, agences EDF du département, hôpital. « On est là parce que bientôt on ne va plus pouvoir vous soigner », lance une aide-soignante de l’hôpital de Nemours où 30 lits viennent d’être fermés. Quant à ABB, malgré l’annonce de fermeture et la défection de sa direction, les salariés n’ont pas cessé le travail et font la démonstration, en honorant les commandes qui continuent à affluer, que leur établissement peut vivre et se développer. « On nous dit que, sur les quatre sites du groupe en Europe, on est les seuls à perdre de l’argent. C’est faux, les chiffres sont manipulés pour justifier le regroupement des productions en Finlande, en Italie et en Suisse. Mais ces sites sont déjà à saturation. En fait, ABB prépare une délocalisation probable en Inde ou en Chine », explique Joaquim Lopes, élu CGT au comité d’entreprise. Une grosse délégation des 213 salariés du site d’ABB est présente dans la manifestation.
« Tous concernés », Rémi Gamat, le secrétaire du syndicat CGT de Thomson Videoglass, reprend ces mots en leitmotiv. « Qui ne connaît pas, aujourd’hui, dans son entourage, un salarié, un jeune privé d’emploi ou travaillant dans des conditions précaires ? » interroge-t-il avant de dénoncer « la mise en concurrence des femmes et des hommes » avec pour seul objectif « la recherche de profits rapidement obtenus par une minorité d’individus actionnaires de grands groupes dont la condition humaine n’est pas la priorité ». « Tous concernés » : pour tous ceux qui participent à la marche, l’heure est la construction d’un barrage face à cette casse de l’emploi. Vice-président du conseil régional chargé de la formation professionnelle et de l’emploi, Daniel Brunel participe à la manifestation. « Nous avons obtenu l’accord du préfet pour l’organisation d’une table ronde et de son côté la direction de Thomson a donné un accord de principe pour travailler à une solution économique », mais le compte n’y est pas pour l’élu communiste qui bataille pour obtenir un moratoire afin de suspendre tous les plans sociaux en cours. Son objectif : travailler site par site, avec les salariés, les élus, la population, à des projets de développement et « organiser une conférence territoriale pour l’emploi et le développement économique ».
Jacqueline Sellem
(1) Claude Janet, le maire (DVG) de Bagneaux-sur-Loing, a accueilli les manifestants. Parmi les élus présents le président du conseil général, Vincent Eblé (PS), et le sénateur socialiste Yannick Bodin.
l’humanité du 27 mai 2005
Verre : vidéoglass Bagneux, la FCE signe l’accord de méthode
La FCE-CFDT, ainsi que la CGT et FO ont signé le 15 septembre dernier l’accord relatif à la gestion concertée du projet de reconversion du site de Thomson Vidéoglass à Bagneaux. Cet accord, dit de méthode, marque la volonté des signataires de privilégier la concertation et le dialogue social pour réussir le projet de reconversion du site de Bagneaux au sein du groupe espagnol Rioglass.
Cet accord porte sur l’ensemble des étapes sociales qu’implique la mise en œuvre du projet : plan de sauvegarde
de l’emploi, accompagnement du changement de l’organisation du travail posté et de ses conditions de rémunération, gestion de la phase de transition et mise en place d’un programme de formation ambitieux.
L’enjeu majeur de cet accord est de donner aux salariés de la visibilité sur leur situation, en termes de statut et de traitement financier, tant dans le cadre d’un départ volontaire que dans celui du maintien de leur emploi au sein d’une organisation de travail en 3 x 8 discontinus. L’adhésion des et le soutien des pouvoirs publics sont les éléments clés du succès de ce projet.
Un groupe permanent de concertation a été constitué pour
assurer un dialogue renforcé entre direction et partenaires sociaux.
Un accord pour sécuriser l’emploi
La région, l’État et Thomson s’engagent pour sauvegarder le site de Bagneaux-sur-Loing.
Le protocole d’accord signé vendredi entre Thomson Vidéoglass, l’État, la région Île-de-France et l’OPCAREG ( L’organisme paritaire collecteur agréé régional et interprofessionnel (OPCAREG) collecte auprès des entreprises les fonds versés au titre de la formation professionnelle continue.) fera-t-il école ?
Alors que s’amoncellent les restructurations industrielles dans le pays, les engagements souscrits par les signataires pour la requalification industrielle du site de Thomson menacé de fermeture à Bagneaux-sur-Loing, dans le sud de la Seine-et-Marne, ouvrent une brèche dans la prétendue impuissance face aux fermetures d’entreprises. Conduit pour la région par Jean-Paul Huchon, président (PS) du conseil régional et par le communiste Daniel Brunel, vice-président à la formation professionnelle, au développement économique et à l’emploi, l’accord entérine une sécurisation des parcours professionnels des salariés par leur reconversion progressive dans une nouvelle activité du site.
Spécialisé dans la filière du verre, Thomson fabrique des écrans et tubes cathodiques pour téléviseurs. Une production menacée depuis l’arrivée des technologies du LCD et du plasma, posant la question du devenir d’un site qui occupe 450 salariés et des dizaines de sous-traitants. Le groupe espagnol Rioglass, repreneur du site veut installer une nouvelle activité verrière de façonnage de vitres automobiles, avec 300 emplois à la clé.
Au terme de l’accord survenu vendredi, une formation de sept à dix-sept mois couvrant la totalité de la période de transition nécessaire à la construction de la nouvelle usine sera proposée à 300 salariés de Thomson, période durant laquelle leur contrat de travail et leur rémunération seront maintenus. Une transition sécurisée vers le changement professionnel avec une formation pouvant représenter jusqu’à mille heures par salarié, requérant un financement de 11 millions d’euros, dont 5,4 millions pour Thomson, 4,1 pour l’OPCAREG, et 500 000 euros chacun pour l’État, la région et le Fonds social européen (FSE). Une « instance de suivi, impliquant les contributeurs et les partenaires sociaux » sera mise en place, « afin d’apprécier concrètement la réalisation des objectifs en matière de formation ». Il est également précisé que la nouvelle entreprise « s’engagera à ne mettre en oeuvre aucun licenciement économique collectif durant une période minimale de trois ans ». En outre, Thomson versera 500 000 euros au titre de « sa responsabilité sociale et territoriale » à la « plate-forme Sud 77 », groupement d’intérêt public en construction pour la revitalisation du sud de la Seine-et-Marne, touché durement par les plans sociaux.
« Cette façon de traiter les dossiers "chauds" sur l’emploi en Île-de-France est une constante pour nous », explique Daniel Brunel, qui se félicite d’un résultat « exemplaire ». Le conseil régional est complètement partie prenante du projet de plateforme de revitalisation du Sud 77, qui devrait voir le jour début novembre. La région est prête à investir près de 900 000 euros « dès lors que l’État accompagne les collectivités à la même hauteur et que les entreprises concernées s’y impliquent à la mesure de leurs responsabilités ». À commencer par ABB à Champagne-sur-Seine, ou encore Aircelle, Alsthom et MBDA, ce qui doit passer dans l’immédiat par « l’obtention d’un moratoire suspensif des plans sociaux actuels afin de préserver l’avenir », déclare Daniel Brunel, pour qui l’exemple du site de Thomson montre qu’« aucune situation n’est fatale et irréversible » et que « les politiques peuvent contribuer à faire bouger l’état des choses ».
Sébastien Crépel
l’humanité du 24 octobre
11 millions d’euros pour la reconversion de 300 salariés
Un protocole d’accord pour la reconversion de 300 salariés du site Thomson Videoglass de Bagneaux-sur-Loing (Seine-et-Marne) prévoyant un plan de financement de 11 millions d’euros a été signé entre Thomson, l’Etat, la région Ile-de-France et l’Opcareg (organisme de collecte pour la formation contine).
Ce protocole, paraphé le 21 octobre, fait suite à la vente, annoncée par Thomson le 1er juillet dernier, de son activité Vidéoglass de verre pour tubes cathodiques à l’Espagnol Rioglass qui s’est engagé à reprendre (d’ici le 1er avril 2007) 300 des 445 salariés sur ce site de Bagneaux.
Selon ce protocole, dont l’AFP a eu copie, chaque salarié pourra bénéficier jusqu’en 2007 d’une durée de formation "pouvant représenter jusqu’à 1.000 heures" et bénéficier pendant une période transitoire, allant "de sept à dix-sept mois", du "maintien de son contrat de travail et de sa rémunération".
Un plan d’accompagnement avec un départ en préretraite est prévu pour les 145 autres salariés.
Le financement de cette formation, d’un montant prévisionnel de 11 millions d’euros sera en majeur partie réparti entre Thomson (5,4 millions) et l’Opcareg (4,1 millions) alors que l’Etat, le Conseil régional IdF et le FSE (Fonds structurel européen) verseront 0,5 million d’euros chacun.
Le projet de reprise de reconversion industrielle de Thomson Videoglass avait été accueilli "favorablement" par les syndicats, notamment par la fédération CGT-Verre qui, en juillet dernier, avait toutefois demandé des "garanties sur la pérennité du site et les emplois verriers."
Un "accord de méthode" avait été signé par l’ensemble des syndicats.
Rioglass est spécialisé dans la transformation du verre pour les industries de l’automobile et du transport et compte, parmi ses clients, les plus grands constructeurs automobiles européens, parmi lesquels Aston Martin, Audi, BMW, Seat, Skoda et Volkswagen.
La magasine français des métiers du verre 26 oct 2005
Le poids nécessaire des CE
Pierre Ferracci, du cabinet conseil Alpha, souligne le rôle de l’institution créée pour la réflexion et l’action alternatives aux stratégies patronales.
Vous êtes à la tête du plus important cabinet de conseil auprès des comités d’entreprise. Comment avez-vous vu évoluer le rôle des CE ?
Pierre Ferracci. Ce qui a caractérisé les deux dernières décennies, c’est la place prise par le CE dans la gestion de l’emploi. C’est le signe, plutôt positif, que les prérogatives économiques du CE, dans le domaine de l’intervention dans la gestion, de la stratégie des entreprises, se sont affirmées. C’est peut-être aussi le signe que la faiblesse du mouvement syndical, sa division, a permis au CE, qui est un lieu un peu oecuménique, de monter en puissance. On s’est aperçu que, au sein du CE, les organisations syndicales convergeaient souvent, en matière de réflexion sur les questions d’emploi, notamment quand il y a des problèmes de restructuration, et le CE s’est affirmé comme tête de pont plutôt efficace pour la réflexion et l’action. Il est aussi présent sur le terrain des conditions de travail avec le CHSCT, et la gestion des activités sociales. Mais l’affirmation sur le terrain de l’emploi est l’élément majeur.
Cette institution est-elle - assez bien armée pour relever les défis d’aujourd’hui en matière d’emploi, face à des stratégies patronales qui donnent souvent l’impression de rouleaux compresseurs ?
Pierre Ferracci. Le CE n’a pas de droit de veto. Il a quand même la capacité de contester les stratégies patronales, d’aider à établir un rapport de forces qui permet, mine de rien, assez souvent, de modifier les plans sociaux. La marge de manoeuvre est différente d’une entreprise à une autre. La capacité à faire bouger une direction est fonction de deux choses. La qualité de la réflexion et des propositions alternatives : il faut qu’elles soient crédibles, pas forcément au sens des marchés financiers et des actionnaires, mais de telle façon qu’elles puissent mobiliser les salariés, que ceux-ci puissent penser que ce ne sont pas voeux pieux. Après, il faut aussi la mobilisation et le rapport de force. On a vu des choix remis en question. Chez Thomson-Videoglass, par exemple, qui fabriquait des écrans de télévision, et qui a été touché par l’abandon de la technologie du cathodique, il y a eu, avec le CE et les syndicats, une réflexion sur l’avenir de l’usine de Bagneaux-sur-Loing (Seine-et-Marne), et on est en train de déboucher sur une véritable solution, avec un investisseur étranger, qui préserve une bonne partie des emplois et, surtout, préserve l’utilisation des compétences verrières des ouvriers de l’usine. Dans une entreprise où on pouvait avoir tout simplement la cession d’un site, puis une reconfiguration qui n’avait plus rien à voir avec l’histoire de l’entreprise, on a une solution qui se dessine, plutôt intéressante de ce point de vue.
Des dispositions législatives prises par la droite réduisant le rôle des CE (« accords de méthode », exclusion des moins de 26 ans des effectifs des petites entreprises, allongement à quatre ans du mandat des élus...), il se dégage une idée, défendue par le - patronat : le CE, avec ses prérogatives, ses procédures, - entraînerait une « rigidité » contraire aux impératifs de la gestion...
Pierre Ferracci. Ce qui est devenu un peu incontournable aujourd’hui, c’est qu’il puisse y avoir un vrai débat contradictoire sur des enjeux économiques lourds, ayant des conséquences redoutables pour les salariés. Et ce débat ne peut se résumer à des actionnaires minoritaires contre des actionnaires majoritaires. L’idée de stratégie alternative, développée par les CE et les syndicats, s’est imposée un peu dans les négociations et, dans les accords de méthode par exemple, il est possible qu’il y ait trace de ces alternatives. À partir de là, que de temps en temps il faille aller vite parce que la situation de l’entreprise est extrêmement préoccupante, les syndicats comme les experts en sont capables. Mais d’abord qu’on se mette d’accord sur le fait qu’il faut que ce débat contradictoire ait lieu, et que la possibilité de développer des solutions alternatives soit actée.
Étant donné l’emprise des intérêts strictement financiers sur la vie des entreprises, ne faudrait-il pas donner à une instance comme le CE, le statut, les prérogatives d’un contre-pouvoir, à égalité avec celui des actionnaires ? Voyez-vous des avancées législatives permettant d’aller en ce sens ?
Pierre Ferracci. Les CE ont souvent des représentants dans les conseils d’administration, mais ils n’ont qu’une voix consultative, sauf dans des entreprises publiques. Pourquoi ne pas avoir, soit élus par les organisations syndicales, soit représentants du CE, de véritables administrateurs, capables de porter la voix des salariés dans le saint des saints des conseils d’administration ? Ça donnerait plus de poids à ce débat sur les stratégies alternatives. Un administrateur est capable de respecter les contraintes de confidentialité. Les délits d’initiés viennent plutôt d’ailleurs que des représentants du personnel...
L’accès à l’information est une condition essentielle pour que le CE puisse tenir son rôle économique. On est loin du compte...
Pierre Ferracci. On ne peut vouloir un vrai débat économique, appeler les syndicats à plus de responsabilité, sans leur donner les moyens de peser sur le cours de ce débat et sur les décisions qui en découlent. Si on demande aux syndicats et au CE de constater les dégâts quand il y a un changement stratégique majeur ou une restructuration, le débat est biaisé. Si on les associe à un débat très anticipé sur des choix stratégiques, peut-être qu’à ce moment-là le débat changera de nature, peut-être que les restructurations se passeront mieux, parce que les changements de métier, la formation qui va avec, les conditions de reclassement, de revitalisation des territoires seront pris plus en amont qu’aujourd’hui. Plus d’anticipation, c’est la clé.
Aujourd’hui, le CE et les syndicats veulent être présents sur toute la chaîne de l’emploi : sur l’anticipation, sur la restructuration quand il y en a une, sur le reclassement et sur la revitalisation des territoires quand la question se pose. Ils ne laissent plus de champ en dehors de leur présence.
Entretien réalisé par Yves Housson
l’humanité du 29 septembre 2005
Thomson finance la reconversion des salariés d’une de ses ex- filiales
Cas exemplaire et rare, la direction du groupe Thomson a vendu sa filiale Videoglass, implantée en Ile de France, en engageant un plan de reconversion pour les 300 salariés. Destinée à leur permettre de travailler pour le compte du repreneur du site, cette opération coûte beaucoup plus cher qu’un PSE (Plan de sauvegarde de l’Emploi).
Depuis le 23 décembre 2005, le groupe verrier espagnol Rioglass est le nouveau propriétaire du site de Bagneaux sur Loing (77) sur lequel était implanté Videoglass, ex filiale de Thomson, spécialisée dans la production de verre pour tube cathodique. C’est non seulement la qualité du sable de cette région qui a conduit Rioglass à lancer une chaîne de production de façonnage de vitrages automobiles mais aussi les compétences de 300 des 460 salariés que comptait Videoglass. En passant dans le giron de Rioglass, ces 300 salariés ont conservé leur ancienneté, le bénéfice des accords collectifs antérieurs et ils sont assurés que le repreneur ne procédera pas à un plan de licenciement collectif avant 3 ans. Le repreneur lancera sa production de verres automobiles, en mai 2006, avec un effectif de 80 salariés pour commencer. 120 autres les rejoindront en octobre suivant avant que les 100 derniers rejoignent le site, en avril 2007. Un nouveau four, adapté à cette nouvelle production est en cours de construction.
Entre 7 et 17 mois de formation
Si le métier de base reste lié au verre, un considérable effort de formation est fait pour que les 300 salariés réembauchés soient opérationnels en temps et en heure. L’ingénierie de la formation a été bâtie par Thomson et l’AFPA en fonction des nouvelles compétences requises, leur durée moyenne étant de 900 heures. « Au-delà des formations techniques, notre programme propose également tout un volet accompagnement du changement dans la mesure où l’organisation du travail et les exigences de production seront différentes », explique Philippe Dubois, chargé de mission en charge de l’emploi à la direction des ressources humaines du groupe Thomson.
Le budget formation de l’opération s’élève à 11 millions d’euros dont 5,4 à la charge de Thomson. Le reste est pris en charge par l’OPCAREG (Organisme paritaire collecteur agréé Régional) à hauteur de 4,1 millions d’euros tandis que l’Etat, la Région et le FSE (Fonds Social Européen) s’acquittent chacun d’une participation de 500 000 €. A cela s’ajoute le coût des salaires que Thomson s’est engagé à verser intégralement aux 300 salariés tant que ces derniers ne seraient pas en poste sur le nouveau site de production de Rioglass. « Le coût financier global de cette opération de reconversion est supérieur à celui d’un PSE (Plan de sauvegarde de l’Emploi). Nous avons tenu à prendre en compte la dimension sociétale de cette restructuration », précise Denis Langlois, vice-président en charge de l’activité Manufacturing Services du groupe Thomson. Dans le cadre d’un PSE classique, des solutions (préretraites, création d’entreprise, reclassements interne) ont d’ores et déjà été identifiées pour les 160 salariés qui ne sont pas repris par Rioglass. La direction souligne que la solution de la reconversion professionnelle de 300 salariés entraîne un surcoût de l’ordre d’une dizaine de millions d’euros par rapport à un simple PSE qui aurait concerné les 460 salariés. Depuis le 1er octobre, le site n’est plus en activité.
Obligation de moyens
Pour Denis Langlois, « fin 2004, la direction générale a choisi d’anticiper la fermeture inéluctable du site avec un projet de reconversion industrielle. Il nous a fallu ensuite 6 mois d’étude de marché pour identifier le repreneur. Le comité d’entreprise et les collectivités territoriales ont tout de suite été informés de ce projet de reconversion. Nous nous étions engagés sur une obligation de moyens ». Thomson a tenu a prendre une responsabilité territoriale en apportant 500 000 € à la « plate-forme Sud 77 », un groupement d’intérêt public en charge de la revitalisation du sud du département. Le groupe a aussi financé une étude sur les forces et faiblesses économiques de la communauté des communes de la zone avec des préconisations pour attirer de nouvelles entreprises. Une étude a été conduite par le cabinet Demeter, filiale du groupe Secaphi Alpha qui a joué un rôle de médiateur entre le comité d’entreprise et la direction, à partir de janvier 2005. La direction de Thomson affirme ne pas avoir pris la décision de jouer la carte de la reconversion industrielle du site sous la pression des pouvoirs publics et des élus locaux. Ces derniers estiment au contraire avoir pesé dans cette décision.
Mis en ligne le : 15/02/2006 sur Novethic