« Nous cédons l’activité décodeur, c’est-à-dire Thomson Bourgogne SAS, à
Novatech, groupe français spécialisé dans la sous-traitance de fabrication
électronique » [1], a confié Denis Langlois, vice-président en charge des activités
industrielles de Thomson [2]. D’après lui, « les 200 emplois actuels seront transférés
avec la société ».
« Aucune conséquence sur l’emploi »
Le rachat devrait être finalisé d’ici au 1er octobre « si tout ce passe bien », après que
le comité d’entreprise a rendu son avis. Thomson restera pour une durée
indéterminée propriétaire des locaux de Genlis.
Denis Langlois, qui gère le projet de reconversion de Thomson Genlis depuis 2004,
s’est déclaré « content pour les salariés » puisque ce rachat ne devrait avoir « aucune
conséquence sur l’emploi ». Il ajoute qu’un accord a été passé entre les deux
entreprises pour les trois ans à venir : « La première année, Thomson passera 100 %
des commandes de décodeurs auprès de Novatech. La deuxième, le pourcentage
passera à 70 % et la troisième à 40 %. » Et la quatrième ? « Il n’y a pas de
commandes prévues à partir de ce moment-là », répond le vice-président en charge
des activités industrielles de Thomson. Selon lui, « la première année, le fait que 100
% des commandes soit assuré par Thomson permettra à Novatech de mettre en
service de nouveaux équipements, de former le personnel à de nouveaux métiers et
de continuer à chercher de nouvelles commandes en produits électroniques ».
Raisons de la vente
Mais alors, pourquoi vendre Genlis ? « Le site n’était plus compétitif. Il fallait trouver
de nouveaux métiers et de nouveaux clients. C’était dur. Nous avons préféré céder à
une entreprise dont c’est le métier », explique Denis Langlois. Il précise en outre que
Thomson a entrepris une mutation industrielle : « Genlis est quasiment la dernière
étape de notre reconversion vers des métiers de service à l’image. Je tiens à préciser
que depuis mars 2004, où l’effectif était de 950 salariés, nous sommes parvenus à
trouver des solutions pour 90 % d’entre eux. »
Installation pour au moins quatre ans
A noter qu’aujourd’hui, onze entreprises sont présentes sur le parc technologique de
Genlis, soit 350 salariés. Selon Denis Langlois, « la société Novatech s’est engagée à
rester sur le site pour quatre ans ». Reste à savoir si après cette période les activités
de la nouvelle entreprise lui permettront de continuer son aventure à Genlis.
Vincent LINDENEHER
En 1962, Thomson fait son apparition à Genlis sous le nom d’Oréga. A l’origine,
l’entreprise produit des composants pour les tubes cathodiques des téléviseurs.
1970, elle monte une autre usine à Auxonne. Pendant près de dix ans, les deux
usines emploient près de 2 000 personnes.
En 1980, Oréga Genlis, devenu
Vidéocolor, se spécialise dans la production de déviateurs couleurs.
A la fin des
années quatre-vingt, Genlis emploie 500 personnes, tout comme Auxonne suite à
une vague de 300 licenciements.
A partir de 1989, l’entreprise investit pour devenir
un centre de haute technologie mondiale. Les activités canons à électrons, pièces
embouties, cathodes et filaments de Lyon sont transférées à Genlis. Bientôt
trentenaire, la société présente ses premiers téléviseurs 16/9e.
En 1995, une centaine d’emplois est créée pour assurer les nouvelles activités
stratégiques : la fabrication de têtes de lecture laser pour CD et DVD.
1996 : l’entreprise, lourdement endettée, est menacée de privatisation. Certains
salariés manifestent alors à Paris. On parle d’un rachat par Daewoo. La vente n’a pas
lieu mais les annonces successives de plans sociaux, de licenciements répétés et de
menaces de rachat font trembler toute la Côte-d’Or pour Genlis et Auxonne, qui s’est,
entre-temps, spécialisée dans le décodeur numérique.
En 1999, Thomson entre en bourse et envisage le rapprochement des deux sites
côte-d’oriens pour maintenir la compétitivité industrielle et l’intégralité de l’emploi.
A
l’été 2000, le transfert de l’usine d’Auxonne est effectué. Thomson Genlis compte
alors 1 200 salariés.
En 2003, des mouvements de protestation sont observés pour
dénoncer les choix stratégiques du groupe. Le succès des écrans plasma et LCD
compromet l’avenir des téléviseurs à tube cathodique ; le décodeur numérique se voit
également concurrencé par les pays asiatiques.
Début 2004, les premières menaces
de fermeture gagnent le site de Genlis. 450 salariés sont alors touchés par 40 jours
de chômage partiel. Des manifestations sont organisées à Genlis et à Paris. Dans le
cadre d’un plan Copieval avec le conseil régional pour réindustrialiser le parc
technologique de Genlis, Thomson met en place un plan de sauvegarde des emplois.
Une autre issue est de trouver des entreprises acceptant de s’installer à Genlis et
d’embaucher des salariés de Thomson.
A l’automne 2004, le processus de désindustrialisation est bien entamé : on compte
alors 950 salariés.
Fin 2006, on ne compte plus que 600 employés ; les départs en
préretraite et les départs volontaires sont passés par là. Les négociations pour le
rachat de l’activité cathodique et filaments par l’Indien Videocon échouent. Seule
l’activité décodeur subsiste, au sein de la nouvelle structure Thomson Bourgogne
SAS. Plusieurs vagues de licenciements et les reclassements réduisent peu à peu le
nombre de salariés.
En mai 2008, les 48 derniers salariés de Thomson Genlis SA
reçoivent leur lettre de licenciement.
En juillet 2008, Thomson annonce le rachat de
Thomson Bourgogne SAS par Novatech, qui s’engage à conserver les derniers 200
emplois restants.
Source : le bien publique du 29 juillet 2007
[1] Sur son site internet, le groupe Novatech précise qu’il « s’articule autour de deux
pôles complémentaires qui conçoivent les solutions techniques de nouveaux produits,
répondent à leur industrialisation technologique, puis maîtrisent les process de
production complexes dans un environnement de haute technologie. »
(2)
[2] Il n’a pas souhaité indiquer si d’autres candidats au rachat ont été envisagés, ni le
montant du rachat.