Jean-Marie, salarié de Thomson R & D, à Cesson-Sévigné, est en vacances depuis hier soir. Mais celles-ci ont bien mal débuté. Hier matin, à 11 h, le directeur des ressources humaines lui a annoncé que l’entreprise le licenciait. Cet ingénieur qui travaille depuis plus de 11 ans à Thomson et syndiqué à la CFDT n’a pas été totalement surpris. Le 11 juillet dernier, il avait été convoqué à un entretien préalable (O-F du 23 juillet).
Pour autant, ce père de six enfants ne cache pas son « écoeurement. La direction me reproche un ensemble d’erreurs. Mais quand je demande des exemples concrets, elle ne m’en cite aucun », rage-t-il. Ce dernier pense plutôt que l’origine de son licenciement tient à des « relations détestables » avec l’un de ses supérieurs. Celui-ci en veut pour preuve sa note d’évaluation qui jusque-là se situait entre 80 et 90 et qui est subitement tombée à moins de 50, fin mars dernier.
Hier, en guise de soutien à ce salarié, une soixantaine de salariés de Thomson R & D ont débrayé. Daniel Barré, le secrétaire du comité d’entreprise, a dénoncé « l’ignominie » dont a fait preuve la direction : « une demi-heure avant d’annoncer à Jean-Marie son licenciement, l’un de ses supérieurs lui parlait encore d’objectifs et de projets à réaliser ! »
Jean-Marie envisage désormais de saisir le conseil de prud’hommes. La direction, elle, confirme le licenciement mais ne souhaite faire aucun commentaire. Quant aux syndicats, ils appellent à un nouveau débrayage mardi prochain.
Licencié ou pas ? La difficile attente de Jean-Marie
« Le 4 juillet dernier j’ai appris que ma direction avait l’intention de me licencier. Le 11 juillet, j’ai été convoqué à un entretien où l’on m’a signifié que l’on me reprochait des insuffisances. Depuis j’attends. » Onze jours que Jean-Marie attend de recevoir, ou pas, sa lettre de licenciement.
Une période stressante pour ce père de famille de 6 enfants (de 6 mois à 9 ans) et embauché à Thomson depuis 1997. Difficile de partir en vacances ou de faire des plans sur la comète quand l’ANPE guette au bout de la boîte aux lettres.
« Depuis le début de l’année, Thomson a procédé à plusieurs licenciements individuels. Une demi-douzaine et d’autres sont en cours. C’est peut-être plus facile de travailler au cas par cas pour éviter de provoquer un mouvement », explique-t-il. Sur le motif de son licenciement. « Une relation difficile avec un nouveau responsable de service arrivé en octobre 2006. L’une des premières choses qu’elle m’a dite, c’est qu’elle avait horreur des erreurs de castings. Je pense qu’elle a fait de moi un mouton noir pour servir d’exemple aux autres. »
Il n’en dira pas plus mais montre du doigt « un management par la terreur ». Quant aux motifs d’insuffisance, il les conteste évidemment. « Mes évaluations étaient correctes et, d’un seul coup, ça n’allait plus. » Est-ce que le fait qu’il soit syndiqué (à la CFDT) a joué ? La question est ouverte. Mais la procédure de licenciement a soulevé l’indignation d’une partie du personnel qui a décidé de le soutenir par des débrayages.
Maintenant, Jean-Marie continue d’attendre et essaye de garder espoir. « Théoriquement, ils ont un mois maximum pour m’envoyer la lettre. » C’est long.
S. N.
Ouest-France du 23 juillet 2008
Débrayages à Thomson : « Il y a un sentiment de colère »
Depuis lundi, les salariés de Thomson RetD, à Cesson-Sévigné ont stoppé le travail chaque matinée durant plusieurs heures. Ces débrayages interviennent suite à la convocation d’un salarié en vue de son licenciement. Les syndicats y voient un renvoi abusif, la direction aurait évoqué un « acte de management ». Sur place, l’ambiance se détériore.
Ce jeudi matin, devant les grilles de Thomson R&D à Cesson-Sévigné, l’ambiance n’est pas aux départs en vacances euphoriques. Sous la grisaille et les parapluies, les visages sont ternes et résignés. Une centaine de salariés viennent de se réunir en assemblée générale. Pour la troisième fois depuis le début de semaine, ils ont arrêté de travailler quelques heures. En cause : une convocation transmise à l’un des leurs par la direction du site. Le salarié en question devrait se faire notifier son renvoi lors d’un entretien prévu vendredi à 10h. Il a décidé de rendre sa situation publique dès qu’il a eu vent de cette convocation. Les syndicats Sud et CFDT ont relayé l’information qui s’est répandue comme une traînée de poudre.
Lundi matin, 160 salariés ont débrayé durant quelques heures. Ils étaient 300 le lendemain et presque autant mercredi. Rebelote ce jeudi, malgré le crachin et la quasi-absence de journalistes. Tous dénoncent ce qu’ils considèrent comme un licenciement abusif. Le principal intéressé, père de six enfants, ancien délégué du personnel et ancien élu au comité d’entreprise, travaille chez Thomson depuis 11 ans. D’après lui, pas de doutes, si licenciement il y a, ce sera « à la tête du client » : « Je ne sais pas encore ce qui m’est précisément reproché. Je pense que mon passé syndical entre clairement en ligne de compte. »
Mauvaise notation
A ses côtés, l’intersyndicale fait bloc. Bertrand Chupeau, délégué CFDT, parle d’un « coup de massue ». « L’entreprise Thomson n’a pas la réputation de « sanctionner » les délégués syndicaux. Nous sommes dans l’urgence, ce n’est pas innocent si la direction a pris cette décision en période de vacances. Juridiquement, l’entreprise a toute latitude pour procéder au licenciement : le salarié ne dispose plus de la protection de son mandat de délégué et le dossier a été bien préparé. » Et pour cause : une mauvaise notation du salarié serait à l’origine de la procédure. Un motif de licenciement tout à fait recevable aux yeux de la loi, mais dont les syndicats remettent en cause l’objectivité. D’après eux, l’évaluation aurait été « volontairement abaissée » pour provoquer le renvoi. José Térol, délégué Sud, ne croit pas à son bien-fondé :« Cette convocation a été très soudaine et violente pour nous. Jean-Marie travaille ici pour Thomson depuis 11 ans, il est connu et toujours disponible pour l’entreprise. »
« Toutes les solutions ont été épuisées »
Concernant l’éventuelle notation tronquée, le directeur De Thomson R&D à Cesson-Sévigné, Franck Lamouroux, parle d’ « interprétation ». Joint par téléphone, il ne dément pas que l’entretien de vendredi soit le préalable au licenciement du salarié, mais ajoute qu’il « n’a pas à commenter un cas individuel, d’autant que l’entretien en question n’a pas encore eu lieu. Je comprends parfaitement l’émotion que cette situation peut créer. » Sa collègue Martine Esquirou, chargée des relations extérieures à Thomson France, précise que l’entreprise « ne prend jamais ce genre de décisions à la légère. Cela veut dire que toutes les solutions ont été épuisées. Nous sommes très respectueux de nos partenaires sociaux. »
Reste que l’ambiance, sur place, est pesante. Le salarié parle de « relations hiérarchiques détestables » qui ne seraient pas pour rien dans son éventuel renvoi. Bertrand Chupeau évoque les changements fréquents de directeurs, ces « mercenaires » qui n’ont plus le temps d’ancrer leur présence dans l’histoire de l’entreprise. Son collègue de Sud tient un discours semblable : « Il y a un sentiment de colère. Cette convocation est un élément supplémentaire du mal-vivre dans l’entreprise. Les relations hiérarchiques sont extrêmement contrôlées, les gens ne le vivent pas très bien. La notation n’est pas un progrès, plutôt une machine à stress. » Certains s’interrogent et ne manquent pas de rappeler les valeurs de la charte éthique de Thomson : « respect, transparence et responsabilité »...
Nicolas Legendre http://www.rennes-infhonet.fr/artic...