« Onze ans après la première, cette enquête tombe bien, c’est l’occasion de faire le point sur le thème des discriminations. » Ahmed Dar Alia, le délégué syndical de la section Ikea de Paris Nord II, l’a soutenue avec enthousiasme. Cette enquête s’inscrit dans le cadre du programme européen de lutte contre les discriminations Equal et d’un travail de l’Union régionale interprofessionnelle d’Ile-de-France.
Elle a recueilli près de 150 réponses sur les 500 salariés du magasin. Ahmed aurait bien sûr souhaité avoir davantage de réponses et observe que si la direction a pleinement joué le jeu, l’encadrement intermédiaire ne s’y est pas vraiment intéressé (cinq agents de maîtrise et un cadre ont participé à l’enquête). Les craintes de certains salariés ont également pesé. « Il a fallu revenir trois ou quatre fois pour convaincre certains salariés de remplir le questionnaire. Ils avaient peur d’être vus », assure Baya Chiali, hôtesse d’accueil.
Évaluation sur le terrain. Y aurait-il des raisons objectives à cette enquête ? « La CFDT a toujours été en pointe sur ce sujet, rappelle Ahmed, ici localement, mais également aux niveaux régional et confédéral notamment en signant dernièrement l’accord interprofessionnel sur la diversité. » « Dans ce magasin, on ne peut pas dire qu’il y ait une ségrégation visible, reprend José Cotrie, l’un des animateurs antillais de la section, c’est beaucoup plus compliqué. Mais des salariés se plaignent de discriminations qui ne s’arrêtent d’ailleurs pas à la couleur de la peau. On nous parle de handicap, d’égalité homme/femme, d’âge, etc. Cette enquête est un outil qui va permettre d’évaluer les faits. Munis des réponses, nous ferons une restitution à l’ensemble du personnel. Puis nous reviendrons vers la direction pour engager des négociations sur ces questions. »
Ethnicisation des tâches. La section CFDT se défend de faire un procès d’intention à la direction qui s’est montrée ouverte : elle a notamment signé la Charte de la diversité de l’Institut Montaigne et prêté local et matériel nécessaires à la réalisation de l’enquête. Pour la section, il n’y a pas de discrimination à l’embauche ni d’acte raciste évident dans l’entreprise. « Mais plus on monte dans la hiérarchie, plus les salariés sont de type européen, précise Ahmed, et puis en fonction des services, on peut observer une certaine ethnicisation des tâches. Cela dit, les choses ont bien changé depuis le temps où principalement les salariés de type européen étaient en contact avec le public. »
« J’ai demandé à passer à la vente en 1999, depuis j’attends ! », explique Mohammed Hammouche, cariste, âgé de 59 ans, bien conscient de travailler dans une entreprise où la moyenne d’âge est de 33 ans. Il est convaincu qu’Ikea n’est pas la pire des entreprises. Pour autant, la prudence est de mise car les discriminations ne sont pas le seul fait de la direction. « L’entreprise, c’est comme dans la société, estime Ahmed, les discriminations peuvent venir de partout. »
Le refus d’être commandé par des Arabes. Olivier Garsi, employé au service logistique, 33 ans, voit des curriculum vitae sans qu’ils passent par la direction. « Il est donc facile d’éliminer des candidats sur leur faciès », estime cet adhérent CFDT qui considère qu’il faut juger les personnes sur leurs compétences.
À l’inverse, Mohammed cite le cas de services dans lesquels « les employés ont refusé d’être commandés par des Arabes ». « Cette enquête nous a permis de communiquer avec le personnel et surtout d’être à leur écoute », raconte Khadija Atouane, une salariée victime d’injustes accusations liées à de la discrimination qui se sent obligée d’en faire plus dans son travail pour parvenir à une reconnaissance égale.n
lu sur cfdt.fr
Ikea pionnier dès 1996
En 1996, la section CFDT d’Ikea Paris Nord II lançait la première enquête sur les discriminations en entreprise. Le sociologue Philippe Bataille sortait un an plus tard son livre Le racisme au travail qui reprenait cette enquête. Il montrait l’irruption de cette problématique dans le monde du travail et les difficultés par rapport à la prise en charge syndicale.
Certains membres de la section participeront d’ailleurs fin juin à une formation organisée par le syndicat commerce interdépartemental.