Comme lui, une douzaine de —jeunes— salariés d’ING Direct, implantée en France depuis 2000, se retrouvent aujourd’hui mis à pied, leurs salaires sont bloqués depuis le 23 mars et ils risquent le licenciement. Huit sont syndiqués ou délégués syndicaux.
Les fautes professionnelles invoquées tournent autour d’une poignée de secondes de trop pour décrocher un appel. Dans cette banque sans guichet, les clients n’ont que le téléphone et l’internet pour leurs opérations bancaires.
Soutenus par la CFDT et FO, des salariés d’ING Direct ont manifesté samedi à Paris pour demander l’arrêt des procédures de licenciement en cours, en interpellant des clients médusés devant l’"ING Direct Café", près de l’Opéra.
Dimanche, certains salariés ont raconté leur quotidien de banquier en ligne, guère plus reluisant que celui d’un standardiste de centre d’appel.
"Si l’on est en retard plus de deux fois —même d’une seule minute— à son poste, c’est toute la prime d’assiduité du mois qui saute", raconte une jeune femme de 28 ans, titulaire d’un BTS Action commerciale.
"Pour aller aux toilettes, je dois lever le doigt et demander l’autorisation à mon superviseur", ajoute un collègue. "S’il y a trop de monde en attente au téléphone, on ne peut pas y aller", dit un autre, déplorant n’avoir "aucune autonomie personnelle".
Ils décrivent une organisation millimétrée, où le temps de travail est contrôlé à la seconde par informatique et les primes au centime.
"Je les appelle les +petits citrons+, tant qu’ils ne réfléchissent pas, ils rapportent de l’argent à la banque, et on les presse comme des citrons", dit Brigitte Rizzo, secrétaire-générale de la CFDT Banque Ile-de-France, qui les soutient.
Le salaire d’embauche s’élève à 1.040 euros net. Ni 13e mois, ni participation, ni RTT, comme dans les grandes banques. "C’est de la banque low-cost", résume Stéphane Benoussaid.
Au début, il trouvait le système "stimulant" : "nous sommes 40 pour gérer des milliards d’euros. J’ai toujours dépassé mes objectifs", dit-il.
"En septembre, mon chef est venu frapper à la porte des toilettes pour me dire qu’il y avait des appels en attente. Je me suis dit qu’à 25 ans, on n’avait pas le droit de me traiter comme ça", raconte M. Benoussaid, qui a alors décidé de se présenter aux élections de délégué du personnel sans jamais avoir milité "nulle part".
Christophe Bitner, vice-président d’ING Direct, se dit "surpris" par la rébellion. "On est installé dans de beaux locaux, on a intégré des BTS en alternance, ce qui demande une organisation particulière", plaide-t-il.
"Ceux qui sont mis à pied ont eu un comportement que l’on pense fautif, on a l’habitude de travailler avec des syndicats, on ne serait pas masochiste au point de ne viser que les syndicalistes", affirme-t-il.
"J’avais un beau parcours, et ma descente aux enfers a commencé là", lâche Stéphane Benoussaid. "Tous ceux qui se sont syndiqués ont été regroupés, surveillés, on a changé de superviseur, plus personne ne s’asseoit à côté de nous sur le plateau", ajoute une collègue.
"On m’avait proposé d’être assistant du superviseur. Quand ils ont su que j’allais m’inscrire sur une liste, le poste est allé à quelqu’un d’autre", ajoute un autre collègue, qui a contacté la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde).