Une nouvelle période de chômage technique est en cours, pour 160 salariés. Les commandes de téléviseurs ne suivent plus et les nouvelles productions peinent à compenser. Comment vit-on cette situation dans l’entreprise ?
Les salariés la vivent très, très mal. Ils ne savent plus à quel saint se vouer, à qui faire confiance. Ils se posent des tas de questions sur leur avenir et pour cause. La direction vient de leur proposer d’avancer leur 4e semaine de congés payés, en février, car la charge de travail n’est pas suffisante. Nous, à la CFDT, nous nous y opposons. Au point où nous en sommes, cela devient totalement indécent et incompréhensible. À la direction de prendre ses responsabilités !
Vous faites partie des syndicalistes « historiques ». À l’époque, avec d’autres, vous vous étiez opposé au bradage de Thomson qui devait être vendu pour 1 F au coréen Daewoo. Le groupe avait réussi à se redresser brillamment, et l’usine d’Angers à tirer son épingle du jeu. Y a-t-il encore une leçon à en tirer ?
Oui. Une intersyndicale s’était mise en place, avec la CFDT, CGT, FO et CGC. Nous avons fait valoir les compétences et les qualités du site. Thierry Breton, l’actuel ministre des Finances, alors PDG du groupe, a su en tirer profit et redresser la barre. L’État a même récupéré sa mise ! Aujourd’hui, la situation a totalement changé. Le groupe a abandonné son coeur de métier : la partie grand public, avec la fabrication des téléviseurs. Pour des activités dites plus nobles : le service aux studios, cinémas et télévisions. Thomson a tout vendu au chinois TCL, en 2003, mais nous avons réussi à sauver le site angevin. Le groupe aurait alors dû travailler pour le développer et assurer un avenir à ses salariés.
Aujourd’hui, un plan social est en cours. L’effectif va chuter de 600 salariés à 350, soit 250 suppressions de poste d’ici le mois de juin. Thomson abandonne définitivement la production des téléviseurs. La fin d’une époque...
Le site aurait fêté ses 50 ans cette année. Il fait partie du patrimoine industriel angevin, au même titre que Bull. J’ai passé 33 ans de ma vie chez Thomson et, comme pour tous les autres, ça fait mal. Personne ne nous a préparés à cette disparition d’activité alors que le groupe savait parfaitement où il allait...
Les négociations, dans le cadre du plan de sauvegarde de l’emploi, s’avèrent difficiles. Quel serait, selon vous, le contenu d’un plan « juste », pour reprendre une expression politique...
Thomson ne s’est pas donné les moyens pour assurer un réel avenir à chaque salarié. Et il continue, aujourd’hui, en affirmant que 350 personnes peuvent vivre grâce au site... Nous savons tous pertinemment, experts compris, que l’usine n’est plus viable. Le groupe devrait mettre en place une véritable cellule de reclassement. Pour que les salariés puissent venir tranquillement, consulter les offres d’emploi, et surtout faire le deuil de Thomson. Avec des aides financières, c’est évident, mais surtout, un soutien psychologique.
Vous avez été écarté de toute responsabilité syndicale au sein de l’entreprise. Pourquoi ? Aujourd’hui, vous parlez au nom du syndicat des métaux CFDT. Mais on vous voit très impliqué dans ce dossier. Que recherchez-vous ?
J’ai été objectivement écarté mais pas viré. En sensibilisant les politiques et les décideurs à l’éventuelle disparition du site, nous avons dérangé beaucoup de monde. Nous avions dit non, à l’époque, à Daewoo. Et redit non à TCL. Cela n’a pas plu... Je ne peux pas m’asseoir sur 33 ans de ma vie. Aujourd’hui, je continue parce que je ne supporte pas le silence assourdissant de l’ensemble de la classe politique locale, qu’elle soit de droite, de gauche ou du centre. La pire des choses, pour les salariés, c’est de se sentir abandonnés. En tant que responsable des métaux et en tant que citoyen, ma place est encore là.
Les plus pessimistes disent que Thomson joue les prolongations pour tenir jusqu’aux élections... Et après, c’est la fermeture définitive. Votre sentiment ?
Ce sont les plus optimistes qui disent cela, pour ne pas impacter l’ex-PDG du groupe, Thierry Breton. Objectivement, avec mes années d’expérience syndicale, de connaissance du site et du groupe, je pense que l’usine est finie. Au mieux, aujourd’hui, 160 salariés peuvent encore travailler ici et non pas 350 comme prévu. Le site s’appellera-t-il encore Thomson ? Nous attendons du groupe un peu de courage. Qu’il dise les choses comme il le fait pour les autres usines qu’il ferme en France.
Propos recueillis par Jean-Michel HANSEN.

Michel Bouyer, responsable du syndicat des métaux CFDT : « Je ne supporte pas le silence assourdissant de Thomson, de l’ensemble de la classe politique locale... La pire des choses, pour les salariés, c’est de se sentir abandonnés. »