Depuis les années 1960, les femmes ont massivement investi le marché du travail et prolongé significativement leurs études. Aujourd’hui, elles représentent 46 % de la population active et elles sont désormais majoritaires parmi les bacheliers et les diplômés de l’université. "Pourtant, elles demeurent notablement moins payées que les hommes, ont des carrières professionnelles plus stagnantes, connaissent un surchômage et un sous-emploi patents", résume la sociologue Margaret Maruani dans Femmes hommes, l’invention des possibles (éditions Cultures en mouvement).
"LE RATTRAPAGE SEMBLE EN PANNE"
En France, les femmes perçoivent, en moyenne, un salaire net annuel inférieur de 25 % à ceux des hommes. Une fois neutralisées les différences d’âge, d’ancienneté, de formation et de catégorie socioprofessionnelle, il reste, "toutes choses égales par ailleurs", un écart de 6 % à 10 % qu’aucune raison objective ne permet d’expliquer. "L’écart s’est réduit d’environ de moitié par rapport à son niveau des années 1960, précisent les économistes Dominique Meurs et Sophie Ponthieux dans Femmes, genres et sociétés, l’état des savoirs (éditions La Découverte). Le mouvement de rattrapage est donc indéniable, mais il a été plus rapide jusqu’au milieu des années 1980 que par la suite, et il semble presque en panne depuis le milieu des années 1990."
Pour réduire les écarts de salaires, Axa-France, qui compte 52,8 % de femmes parmi ses 15 000 salariés, a mis en place, au printemps, un accord sur l’égalité professionnelle qui a été paraphé par cinq des six syndicats de la maison. L’état des lieux révélait une situation contrastée : pour les employés modestes et l’encadrement de haut niveau, les disparités salariales étaient faibles, mais elles atteignaient 5 à 10 % - "toutes choses égales par ailleurs" - pour les employés qualifiés et les cadres en début de carrière. "Cette situation est le fruit de l’histoire, explique Alain Roubin, le directeur des affaires sociales d’Axa-France. Il y a dix ou vingt ans, lors des augmentations, le réflexe spontané des entreprises était de privilégier le chef de famille au détriment du second salaire que semblait représenter - souvent à tort - le salaire féminin."
AXA A TRAITÉ "LES CAS LES PLUS AIGUS"
Au nom de l’"équité", un budget de 750 000 euros sera exclusivement consacré, au cours des trois prochaines années, à la suppression des inégalités de salaires entre les hommes et les femmes. Ces sommes s’ajoutent aux augmentations générales ou individuelles, dont l’enveloppe n’a pas été réduite. Dans un premier temps, Axa a recensé les dossiers de toutes les femmes dont les salaires s’écartent de la médiane sans raison objective. Quatre cents salariées évoluant pour la plupart dans les métiers de la souscription et de la gestion des contrats ont été retenues.
Dès le mois de juillet, à l’occasion du premier rendez-vous fixé par l’accord, 113 femmes ont vu leur salaire progresser au seul titre du rattrapage des inégalités. Certaines d’entre elles ont en outre bénéficié d’augmentations individuelles au titre de leur compétence. "Pour cette année, nous avons retenu les cas les plus aigus, précise Alain Roubin. Grâce à cet accord, la plupart des femmes concernées sont revenues au niveau de leurs collègues masculins. Les autres bénéficieront de mesures complémentaires dans les années à venir. Il serait aujourd’hui présomptueux de dire que tous les dossiers seront réglés à coup sûr dans les trois ans prévus par l’accord. Nous nous tenons donc prêts, si ce n’est pas le cas, à reconduire cette enveloppe budgétaire."
Ces politiques de réduction des inégalités sont encouragées par l’Union européenne qui, dès le traité de Rome, en 1957, imposait l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes. En France, les procédures judiciaires individuelles sont vouées à l’échec : dans un pays où les salaires sont souvent secrets, il est extrêmement difficile, pour une femme, de prouver à un tribunal que son voisin est, à formation, responsabilité et horaires égaux, mieux payé qu’elle. Les gouvernements ont donc toujours misé sur des politiques collectives : la loi Roudy de 1983 imposait aux entreprises un rapport annuel sur les inégalités salariales hommes-femmes, la loi Génisson de 2001 prévoyait des sanctions pénales si aucune négociation n’était engagée sur ce thème et la loi Ameline de 2005 obligeait les accords de branche à prendre en compte l’égalité professionnelle.
Anne Chemin
Lexique
Label égalité. Créé en 2005, il récompense les entreprises qui ont mis en place des "pratiques exemplaires" en matière d’égalité hommes-femmes. Dix-huit entreprises - dont PSA-Peugeot-Citroën, Orange ou Airbus - l’ont reçu.
Égalité professionnelle. Le taux de réussite au baccalauréat des filles est supérieur à celui des garçons (81,8 %, contre 77,4 %), et elles sont majoritaires à l’université (plus de 56 %). Mais elles affichent un taux de chômage supérieur aux hommes ( 11,1 % , contre 9 %) et ne représentent que 13 % des chefs d’entreprise.
Article paru dans l’édition du 11.10.06 du Monde