Pour Marylène Robert et Katia Brossard, il n’y a pas photo.
« Un homme reste un à deux ans en poste sur une ligne de montage, puis il a rapidement la possibilité d’encadrer des équipes. En revanche, une femme stagne en production, à accrocher et décrocher des pièces, pendant toute sa vie professionnelle, sans pouvoir accéder à des postes à responsabilités », constatent les deux jeunes militantes CFDT. Respectivement déléguée syndicale et déléguée du personnel au comité d’entreprise des deux sites de production de Schneider Electric à Angoulême, Marylène et Katia n’ont de cesse de placer la direction face à ses contradictions. « On nous répond qu’il s’agit d’un problème de compétences, les hommes étant plus nombreux à avoir suivi des formations techniques. Or c’est faux. Une jeune femme titulaire d’un BTS technique, par exemple, n’a pas obtenu le poste de management qu’elle demandait. Le poste a échu à un homme qui n’avait pourtant qu’un baccalauréat », s’indigne Marylène.
L’égalité professionnelle chez Schneider Electric est une lutte de longue haleine menée par la CFDT.
Le plafond de verre. C’est avec insistance que les élus du comité central d’entreprise de Grenoble, site de la maison mère, sollicitent dès 2002 la direction pour lui rappeler ses obligations. La loi Génisson sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes a été votée un an plus tôt. Elle impose des négociations aux entreprises. La direction de Schneider tarde à répondre, arguant que les disparités entre ses salariés femmes et hommes ne sont pas visibles. « Nous avons attiré l’attention à de nombreuses reprises sur le manque de reconnaissance et l’existence d’un plafond de verre pour les femmes toutes catégories professionnelles confondues. Ce n’est qu’à l’issue de six réunions de travail associant la direction et les organisations syndicales pour établir un diagnostic, que l’entreprise a reconnu des inégalités entre hommes et femmes », explique Martine Colmagro, la déléguée du personnel. Martine a représenté l’ensemble des sections CFDT du groupe lors de négociations qui ont abouti, en décembre 2004, à la signature, pour toutes les organisations syndicales, d’un accord sur l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes au sein de la société Schneider Electric.
La rédaction du texte n’a pas été sans poser problème avec la direction. « Nous avons dû être vigilants pour que les termes utilisés ne soient pas trop généraux, précise Martine Colmagro. Schneider avait tendance à imputer les causes des inégalités à des phénomènes sociaux extérieurs à l’entreprise, comme le choix des filières scolaires et professionnelles ou la répartition des tâches dans la vie privée. »
Suite à cet accord, une revendication longtemps portée par la CFDT a donné lieu à une mesure immédiate. Les assistants titulaires d’un BTS secrétariat, qui sont à plus de 90 % des femmes, ont vu leur classification réévaluée pour que leurs qualifications soient enfin reconnues au même titre que les BTS technologiques.
Autre demande exprimée par les ouvrières de production et relayée par la CFDT, des formations qualifiantes ont été prévues pour permettre leur évolution professionnelle.
Plusieurs engagements, notamment en matière d’égalité salariale et d’accès aux postes à responsabilités, ont également été pris par l’employeur.
Inégalités salariales persistantes. Plus de deux ans après la signature du texte, les militants n’entendent pas qu’il reste lettre morte. Les engagements sont en effet loin d’être tenus. Si des formations ont bien été mises en place, la situation des femmes qui les ont suivies n’a pas évolué pour autant.
La politique de restructuration de Schneider Electric est telle que la plupart des salariées reprennent le même poste avec une rémunération identique ou sont parfois reclassées à un niveau inférieur. Nombre d’assistantes commerciales ont ainsi été reclassées comme agents dans des centres d’appel où les conditions de travail ne cessent de se dégrader. Si, globalement, des augmentations individuelles ont bénéficié à certaines salariées, les écarts de rémunération sont toujours aussi flagrants entre hommes et femmes. Qu’elle soit ouvrière, technicienne commerciale ou ingénieure, une femme gagne 10 à 15 % de moins qu’un homme à compétences et ancienneté égales. Lasses de voir leur rémunération bloquée, des salariées ont porté plainte aux prud’hommes pour discrimination sexiste.
« Schneider s’est beaucoup valorisé dans les médias à propos de cet accord, mais nous ne voulons pas qu’il ne soit qu’une vitrine », s’offusque François Tarricone, coordinateur CFDT entre Schneider Electric et ses filiales.
Après deux ans de persévérance, les militants viennent d’obtenir que 0,1 % de la masse salariale soit consacré à la résorption des écarts de salaires entre les hommes et les femmes. Reste à savoir dans quelle mesure.
« Les réunions de suivi sur la mise en place de l’accord sont ajournées depuis 2005 et nous n’avons plus d’interlocuteurs pour répondre à nos questions. Il est clair que l’égalité professionnelle n’est pas une priorité pour Schneider Electric », déplore Martine Colmagro. Pour les militants, l’heure des comptes a sonné. Dans les comités d’entreprise, les délégués CFDT ont demandé des bilans chiffrés détaillés. L’offensive se prépare aussi à un niveau européen, dans le cadre d’un accord de coordination intergroupes. Les militants entendent bien que l’égalité professionnelle, inscrite parmi les thèmes de négociation, soit une priorité effective.
Le Groupe Schneider
Plus de 11 000 salariés travaillent au sein du groupe Schneider Electric en France, sans compter les filiales de l’entreprise qui emploient plus de 6 000 personnes. Le groupe rassemble une dizaine de marques telles que Télémécanique ou Merlin Gérin, spécialisées dans la production de systèmes électriques automatiques et les équipements de distribution de l’électricité (disjoncteurs, interrupteurs, éclairages de sécurité, technologies de communication, etc.).
Grenoble et son agglomération concentrent près de la moitié des salariés sur une trentaine de sites dédiés à la recherche-développement, à l’administration et à la production.
Sur environ quarante autres sites, implantés principalement en Normandie, dans la région Poitou-Charentes ainsi qu’à Dijon et Limoges, Schneider emploie plusieurs centaines de personnes dans des usines de production.
La CFDT y est la première organisation syndicale, avec 160 élus dans les CE, devant la CGT (114), FO (113) et la CFE-CGC (30).
Au sein de la maison mère, FO est en tête.
Sur l’ensemble du groupe, la CFDT réunit 829 adhérents (soit 4,77 % des syndiqués).