Première semaine des vacances d’août 1983. La presse, relayée par la radio et la télévision, fait état d’un conflit qui oppose 40 salariés - en quasi-totalité des ouvrières - à la filiale d’Angers du groupe nationalisé Thomson.
Ces femmes qui fabriquent des téléviseurs dans une des usines les plus modernes d’Europe ont jusque-là refusé toutes les propositions, y compris les plus alléchantes a priori (3 équipes alternantes de 30 heures par semaine), qui les obligeraient à abandonner le travail à la journée (7 h 30 - 16 h 30, soit 38 heures 30 par semaine). "Le travail en équipes, c’est une mort lente", disent-elles. Pas question d’accepter.
Ce conflit, qui avait débuté en avril 1981 par un débrayage de plus de mille personnes affirmant leur refus du passage en équipes, se terminera en octobre 1983 par le licenciement des neuf derniers réfractaires, huit ouvrières et un technicien. Entre ces deux dates, un conflit original : ni grève, ni négociation mais une tentative avortée d’une contre-proposition syndicale CFDT visant à concilier les arguments patronaux sur la nécessité économique du travail en équipes et le refus des ouvrières.
Que ce conflit se soit constamment greffé sur les enjeux politiques et économiques des effets industriels et sociaux des nationalisations le rend plus significatif encore. D’une certaine manière ce qui s’est passé à Angers est révélateur de l’absence - ou de l’impossibilité - d’une politique de gauche à l’intérieur des entreprises.
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