Tous ces exemples sont extraits des rapports 2005 sur le développement durable que les grandes entreprises cotées en Bourse sont contraintes de rédiger depuis le vote, en février 2002, de la loi sur les Nouvelles régulations économiques (NRE). Ce texte oblige les entreprises à intégrer à leur rapport annuel - ou à publier à part - un volet sur les conséquences sociales, territoriales et environnementales de leurs activités.
Cette nouvelle obligation légale n’a pas spécialement réjoui les entreprises et a donc démarré lentement. Mais après réflexion, en 2005, la plupart se sont appuyées sur cette contrainte pour en faire un outil de productivité. Aujourd’hui, plus de 90 % des grandes entreprises ont publié un rapport spécifique sur le développement durable. Les autres ont intégré un chapitre de plus de quinze pages à leur rapport annuel.
Mieux, ces rapports sont produits par des équipes dédiées au développement durable. A l’origine, ce "département" était confié à des cadres proches de la retraite, qu’il était moins coûteux d’occuper ainsi que de licencier. Mais la tendance s’est inversée. " Aujourd’hui, les nouveaux nommés sont des personnes à haut potentiel", affirme Eric Duvaud, associé du cabinet Ernst & Young, spécialisé dans l’audit développement durable.
COOPÉRATION CHEZ LES CIMENTIERS
Chez Renault, les pouvoirs du comité développement durable ont une dimension stratégique : en 2005, l’ensemble des fournisseurs a été évalué et des outils ont été créés pour aider les acheteurs à évaluer en fonction de nouvelles contraintes environnementales les sites de fabrication des sous-traitants.
Dans bon nombre de cas, le reporting développement durable va au-delà des obligations légales. Ainsi, bon nombre de rapports sont audités par des cabinets spécialisés. Selon un observatoire mis au point par Ernst & Young, " quelque 53 % des entreprises du CAC 40 ont fait vérifier la fiabilité de leur reporting environnemental ou social par un tiers".
Le niveau de vérification n’est pas encore très homogène : 60 % des entreprises font seulement valider leurs procédures. L’audit des données elles-mêmes demeure aujourd’hui encore le fait d’une minorité d’entreprises.
En revanche, le périmètre de la vérification par un tiers s’étend aussi aux données sociales en sus des données environnementales. Pour Sylvain Lambert, associé de PricewaterhouseCoopers, le reporting du groupe chimique Rhodia est "un modèle : nous avons visité 30 sites industriels dans le monde. S’ils affirment avoir réduit leurs rejets dans l’eau de 80 % à un endroit donné, nous validons ce chiffre sur le site, puis on suit le pourcentage jusqu’à sa consolidation finale dans le rapport".
Les cabinets d’audit délivrent trois types d’"assurance" : "raisonnable" (les données vérifiées sont certifiées exactes), "modérée" (des sondages n’ont pas décelé d’erreur significative) ou une simple "attestation" (l’élaboration des informations apparaît claire et documentée). Le groupe Total s’est vu attribuer ainsi une "assurance modérée" sur ses indicateurs environnementaux après que 12 sites industriels sur les 52 qui contribuent à plus de 80 % des émissions de CO2 du groupe ont fait l’objet d’une vérification externe.
La démarche "développement durable" pousse naturellement les entreprises à mettre en place des objectifs. Une sur six affiche désormais des éléments prospectifs qui permettront d’évaluer son engagement et sa capacité à les respecter. Le fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics a "décidé de bannir l’utilisation du cadmium, même s’il bénéficie d’une exemption de la communauté européenne, qui en prolonge son utilisation".
Pour Ernst & Young, tout l’enjeu est d’amener les entreprises d’un même secteur à coopérer pour élaborer des indicateurs permettant la comparaison. La grande distribution par exemple ne rend la comparaison possible que sur moins d’un tiers des indicateurs utilisés par chaque entreprise. Dans le ciment en revanche, 16 entreprises ont défini 19 indicateurs clés sur cinq enjeux considérés comme prioritaires.
Les cimentiers feront sans doute école. On évolue d’autant mieux que l’on n’attend pas d’y être obligé pour le faire.