Malades du travail, elles veulent être réintégrées
Handicapées après des années de travail chez Thales, Françoise et Marie-Thérèse ont été licenciées dans le cadre d’un plan social.
« Thales essaie de se débarrasser de nous à cause de nos problèmes de santé. Avec nos handicaps, aucun autre patron ne voudra nous embaucher. On demande la réintégration dans l’entreprise. » Pour Françoise et Marie-Thérèse, la pilule ne passe pas. Entrées toutes jeunes comme ouvrières à l’usine de munitions TDA (groupe Thalès) de La Ferté-Saint-Aubin, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Orléans, elles y ont fait toute leur carrière sur des postes à forte cadence, au contact de produits toxiques. Aujourd’hui, Marie-Thérèse, cinquante-trois ans, souffre d’arthrose aux genoux, Françoise, quarante-cinq ans, de tumeurs à la vessie. Sans scrupules, la direction a profité d’un plan de licenciements pour les mettre dehors.
(...) L’humanité du 15 mars 2006
Recul de la pénibilité du travail selon une étude du ministère de l’emploi
La pénibilité physique au travail a reculé pour l’ensemble des salariés entre 1994 et 2003, mais ce progrès a peu bénéficié aux "cols bleus", sur qui les risques professionnels tendent à se concentrer, relève une étude présentée mercredi 15 mars par le ministère de l’emploi.
Ces évolutions ont eu lieu dans un contexte général d’intensification du rythme de travail, précise l’étude Sumer (surveillance médicale des risques), menée par l’Inspection médicale du travail et la Direction des études et de la recherche (Dares) du ministère de l’emploi, présentée mercredi à la Mutualité.
Deuxième du genre après une étude remontant à 1994, l’enquête a porté sur plus de 50 000 salariés de tous les secteurs, interrogés en 2002 et 2003 par 1 800 médecins du travail. "L’indicateur de pénibilité est en baisse dans toutes les catégories socio-professionnelles, mais la baisse est moins nette pour les employés de commerce et de service et les ouvriers non qualifiés", a indiqué Marie-Christine Floury, de la Dares, lors de la présentation.
70 % DES OUVRIERS QUALIFIÉS EXPOSÉS
Les enquêteurs ont retenu cinq facteurs de pénibilité pour former leur indicateur, dont la position debout pendant vingt heures ou plus par semaine, les gestes répétitifs dix heures ou plus, ou encore les "contraintes posturales".
En 2003, le pourcentage des salariés exposés à au moins l’une de ces contraintes était d’environ 8 % (environ 12 % en 1994) chez les cadres supérieurs, contre plus de 70 % (à peu près stable) chez les ouvriers qualifiés.
Deuxième constat : la proportion de salariés cumulant au moins trois contraintes physiques n’a pas baissé (6,8 % des salariés). Et parmi ceux-ci, "90 % sont ouvriers ou employés de commerce et de service". Malgré une prévention qui s’est améliorée pour les salariés exposés au bruit et aux produits chimiques, "qui ont plus souvent des protections à leur disposition", les expositions à ces produits ont globalement augmenté, "surtout chez les ouvriers".
L’étude note l’amélioration des protections pour les salariés exposés à l’amiante : 46 % avaient accès à des protections respiratoires en 2003, contre 20 % en 1994. "Mais cela veut encore dire qu’un salarié sur deux n’a pas de protection. De même pour les protections aux fibres autres que l’amiante et aux poussières de bois, où les deux tiers des salariés n’ont pas de protection", a déploré Bernard Arnaudo, de l’Inspection médicale du travail.
"UNE CROISSANCE DES INÉGALITÉS
En outre, "les inégalités d’exposition aux risques professionnels tendent à se renforcer", au détriment des ouvriers, a-t-il souligné. Pour Henri Rouilleault, directeur de l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail), "il y a une croissance des inégalités et une concentration des risques sur une partie des salariés".
Les auteurs de Sumer battent en brèche "l’opposition du stress des cadres au dur labeur de l’ouvrier", soulignant qu’il y a un "cumul des pénibilités physiques et mentales". "C’est pour les salariés qui cumulent le plus de pénibilités physiques et organisationnelles (ouvriers dans l’industrie ou la manutention par exemple) que les situations de ’job strain’(forme de pénibilité mentale) sont les plus fréquentes", relève l’étude.
AFP